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Le Royaume dévasté

Collages et textes ©Nathalie Géraux

Aux lueurs de la pleine lune, comme un petit prince magnifique, tu es parti.

Ma merveille, 2019, extrait

"Les blessures de l'existence, les manques et les pertes nous mettent en demeure de créer d'autres mondes plus habitables où nos âmes assombries seront ensoleillées par nos œuvres."​ 

Boris Cyrulnik, La nuit j'écrirai des soleils

"O Prince de la Gentillesse, nous aurons toujours soif de ton sourire."​ 

Léopold Sédar Senghor

Après une nuit de septembre 2018, le monde devint brutalement si peu habitable pour moi qu'une nécessité intérieure fit jaillir, avec force et intensité, une créativité bouillonnante. Une nuit d'horreur. Une nuit où je découvrais le corps de mon fils aîné étendu, inerte, tout seul au milieu des sirènes bleues et des camions rouges de pompiers. Yoann avait 21 ans. Il venait de recevoir 21 coups de couteau.

 

Une créativité salvatrice éreintante qui, année après année, permet de traverser les nuits blanches. Un espace vital d'expression pour lutter contre la dissociation traumatique et la solitude. Une nécessité qui pousse à créer de la beauté pour tordre le coup à la laideur, pour lutter contre l'effroi.​ Un acte d'amour. Un besoin de prolonger ici-bas la courte vie  d'un fils. 

 

Entre 2019 et 2024, pas moins de 300 collages réalisés et une vingtaine de cahiers écrits presque quotidiennement...

 

(à paraître en 2026, dans son intégralité : Le Royaume dévasté) 

Images de papier
suite

Cœur brisé, Miroir en mille morceaux, Petite mère entre deux mondes

 

Livre d’images retrouvé, Images dépeuplées aux souvenirs habités, Images volées, arrachées, déchirées, Images dévoilées, animées ou figées

 

Vide et absence matérialisés, Signes de présence, Parenthèses tranquilles, Paix à l’abri des mots, A l’abri de l’éreintante boucle des pensées

 

Oser, s’approprier, découper, recomposer, assembler, transformer, créer, échafauder, soigner, compenser, pallier, traverser les nuits noires et la mélancolie des dimanches pluvieux, supporter la porte béante de la chambre immobile et muette, tordre le cou à la laideur, hurler en silence, intégrer, digérer, réassocier, sublimer la douleur, trouver une issue au manque et à l’étroitesse des mots, mettre en mouvement, fluidifier, faire circuler, relier, adoucir, harmoniser, ramener la couleur, libérer toute cette tendresse qui ne sait plus où aller, déposer ses baisers, honorer, remercier, prolonger, entretenir le lien

 

Être avec toi, s’enivrer à la source fraîche de ton sourire

Tu étais l’une des deux branches de mon arbre. Branches aux feuilles tendres. Branches aux bourgeons pleins de promesses. Aujourd’hui, je penche à gauche. Veuve, orpheline… pas de mot. Pas de mot pour nommer le parent qui perd un enfant. Arbre bancal conviendrait peut-être.​

Extrait L'irréversible, 2019

Certains livres sont des béquilles, des piliers, des canaux, des orientations, des miroirs, des présences réconfortantes... Des lectures faites à cœur ouvert et à vif. Des lectures de la survie.

(...)

Ancrages dans l’espace et le silence des traversées nocturnes. Repères dans les jours désorientés. Des écrits tour à tour catharsis, antidotes à la solitude, exutoires, sublimations poétiques de toutes les laideurs du monde. Des fragments habités sans cesse recopiés que d’autres avant moi ont laissé. Une matière vivante libératrice dans ces nuits glacées où ton absence m’emporte. Déposés presque charnellement, encore et encore, sur des pages de carnets, des écriteaux cartonnés, affichés sur les murs et les portes de la maison. Copies thérapeutiques de fulgurances. Alliances de l’esprit et de la simplicité claire du cœur. Rayonnements mystérieux du chant poétique.

Jour et nuit, 2020, extrait

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