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Basculement

O Prince de la Gentillesse, nous aurons toujours soif de ton sourire.

Léopold Sédar Senghor

Les blessures de l'existence, les manques et les pertes nous mettent en demeure de créer d'autres mondes plus habitables où nos âmes assombries seront ensoleillées par nos œuvres. 

Boris Cyrulnik, La nuit j'écrirai des soleils

Les jardins de larmes - ©Nathalie Géraux - 2022 - HD
Le chant des adieux - Nathalie Géraux - 2023
Absence ©Nathalie Géraux
Amputation ©Nathalie Géraux - 2025
à la lisière des mondes

Les collages, un réel d’images de papier Petite fille, ici et ailleurs. Petite fille sur son lit. Tournant les pages de son grand livre d’images. Livre aux milles fenêtres. Ouvertes sur l’insondable et la profondeur de l’âme. Sur la beauté qui fait sens. La beauté qui nourrit. Rêver, s’émerveiller, voyager, sentir le lien, comprendre le monde. Tours, déserts, escaliers, arc-en-ciel, roches percées et jardins bleus, portails entrouverts, colonnes de marbre, dômes, amphithéâtres, couronnes de fleurs, lunes et étoiles filantes, grottes, îlots, cachettes secrètes, forêts, petit oiseau perché, girafes en famille, chat derrière la fenêtre, vol de papillons... Petite mère entre deux mondes. Miroir en mille morceaux. L’art du collage vient à la rescousse des mots empêchés et usés. Livre d’images retrouvé. Images dépeuplées aux souvenirs habités. Images volées, arrachées, déchirées. Images dévoilées, animées ou figées. Vide et absence matérialisés. Signes de présence, parenthèses tranquilles. Abris d’infortune. Pauses pour l’éreintante boucle des pensées. Oser, s’approprier, découper, recomposer, assembler, transformer, créer, échafauder, soigner, compenser, pallier, traverser les nuits noires ou la mélancolie d’un dimanche pluvieux, supporter la porte béante de la chambre immobile et muette, tordre le cou à la laideur, hurler en silence, intégrer, digérer, ré-associer, sublimer, trouver une issue au manque et à l’étroitesse des mots, mettre en mouvement, fluidifier, faire circuler, relier, adoucir, harmoniser, ramener la couleur. Libérer la tendresse qui ne sait plus où aller, déposer ses baisers, honorer, remercier, prolonger, prendre soin du lien. Être avec toi. S’enivrer à la source fraîche de ton sourire.

Après une nuit de septembre 2018, le monde devint brutalement si peu habitable pour moi qu'une nécessité intérieure fit jaillir, avec force et intensité, une créativité bouillonnante. Une nuit d'horreur. Une nuit où je découvrais le corps de mon fils aîné étendu, inerte, tout seul au milieu des sirènes bleues et des camions rouges de pompiers. Yoann avait 21 ans. Il venait de recevoir 21 coups de couteau.

 

Une créativité salvatrice éreintante qui, année après année, permet de traverser les nuits blanches. Un espace vital d'expression pour lutter contre la dissociation traumatique et la solitude. Une nécessité qui pousse à créer de la beauté pour tordre le coup à la laideur, pour lutter contre l'effroi.​ Un acte d'amour. Un besoin de prolonger ici-bas la courte vie  d'un fils. 

 

Entre 2019 et 2024, pas moins de 300 collages réalisés et une vingtaine de cahiers écrits presque quotidiennement...

 

(à paraître : Le Royaume dévasté) 

Le Royaume dévasté - ©Nathalie Géraux.jpg
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